N°13, 1 légozane. Prix unique pour tout le royaume et au-delà.
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LEGO SOIR
Journal de divertissement populaire illustré fondé le Mercredi, paraissant par quinzaine.
Edité à CRAPIGRAD, chez MM. I. Ncompétant, A. Bsent, V. Squelette et Jacquot.
Gravures de Maître Gérard Lemercier, graveur à l’acide à Crapigrad.
Photographies de Valérie Squelette.
Éditorial : Tout est de la faute de Jacquot
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Dinosaures !!
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Nouvel envoi d’un stagiaire en journalisme au front de la guerre lutino-playmobil.
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Résultats du Grand Concours de Pyrogravure.
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Philosophes morts d’une overdose de dialectique à Crapigrad.
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Mamie douceurs se venge partie 2.
Soixante ans de retard
Nous revoilà
(Qui ça ?)
Aujourd’hui nous reprenons la publication de votre trimensuel bilatéral préféré, le d’ores et déjà remplaçable LEGO SOIR ; nous avons pris du retard car les feuilles de soja qui servaient jusqu’alors de papier d’imprimerie ont dû être réquisitionnées par l’armée qui avait déjà bien du mal à faire comprendre à sa bleusaille qu’un pamplemousse, c’est une arme, ça ne se mange pas ! Lequel soja est moulé en forme d’entrecôtes ou de boîtes de singe et teinté au sang de playmobil pour plus de réalisme. Nous reviendrons ultérieurement sur cette scandaleuse affaire de steaks végétaux, car c’est loin d’être uniquement des problèmes de papier que nous avons rencontré. En vérité, tout est de la faute de jacquot.
C’est arrivé le jour de la Saint-Philias, le 1er avril de l’an IX (hier). Jacquot, qui venait de revenir d’un reportage gastronomique où il avait servi de repas, avait acheté à sa boutique de farces et attrapes préférée (Hildur Vicking Etc.) des centaines de ballons, soixante bulbes de groseille pralinés et environ une tonne et demie de langues puantes. Fort de cet attirail, il projeta de réussir le casse du siècle et de déclencher la colère des dieux. Nous avons refusé, et il a choisi, pour se venger, de manger l’imprimante et de servir les langues puantes au souper. Nous nous sommes régalés, mais pas lui, il est tombé malade. Alors qu’il s’écoulait, les langues chantaient d’une voix métallique. Il nous a tout de même fallu du temps pour retourner à la boutique de haute technologie à Playmoville et y retrouver une imprimante pour pas cher. Vous connaissez la suite : nous rédigeons le présent article, nous imprimons, nous scannons, nous imprimons et nous renvoyons à l’imprimerie.
Ceci a été fait en 7 secondes.
Un groupuscule de créatures antédiluviennes ouvre une boîte (de thon) à Legocity
Le trafic de fossiles décidément fait fureur au Nord du royaume, et en particulier à Lopoliv où un savant fou du nom de DIEULEPRENDT (du célèbre duo comique, Dieuleveult-Dieuleprendt) a remis au goût du jour des espèces a priori disparues, telles que le tricéradon, le stégatops, et le diplodosaure. Ces dinosaures, lassés des limbes de l’enfer, sont donc remontés à la surface et ont détruit le cheptel de plusieurs fermiers éleveurs de la région de Lopoliv. Quand Dieuleprendt a été désigné comme cerveau de l’opération, il lui fut demandé de s’expliquer et de régler cette affaire sinistre de dinosaures. Il prétexta la « raison scientifique » selon laquelle tout est permis et une « folie passagère » qui lui fait faire n’importe quoi. Poussé par un tribunal populaire composé de notables Lopolivois, il décida de monter sa « propre boîte » avec l’aide des dinosaures. Un stégocéphalosolophus se présenta pour en être le PDG, sa candidature fut ratifiée.
Quelles sont les activités de cette entreprise dont le nom est « dinotopius –des services pout tous, une mutuelle, un vélo » ? Nous n’en savons actuellement rien, si ce n’est que le groupe fait « des remises express dès huit cent légozane d’achat ». Nous n’avons pas pu interviewer M. le Président Directeur Général, car lui et toute son entreprise, suivie de MM. Dieuleveult et Dieuleprendt, émigra en Amérique, à Legocity, pour sans doute y faire fortune et y trouver l’amour et y construire une base secrète pour détruire le Monde. Aux dernières nouvelles, le groupe Dinotopius aurait eu des démêlées avec la justice de Legocity, et son PDG aurait été assassiné par un chanteur à succès du nom de Jérémy. Les bénéfices, nous rapportent nos espions du Gang des Haches à Legocity, sont colossaux, et l’entreprise possède dix milles filiales de deux à trente six employés, spécialisées chacune dans l’une des obscures branches du secteur tertiaire.
Une OPA récente au bénéfice de Dinotopius aurait permis de phagocyter Danone, General Motors et la célèbre Bilboquet’s Industry à New York.
Enfin, il apparaîtrait que l’entreprise se soit proposé de racheter la ville et ses habitants, pour en gérer les ressources.
La guerre entre les lutins et les playmobils s’éternise : déjà trois jours de conflit.
Ces derniers jours, le conflit qui agite nos marches et maréchaussées a ôté la vie, non seulement à quantité d’obus morts pour la Lutinie et un monceau de lutins tombés pour l’Obusie, mais également à la majeure partie de notre corps expéditionnaire, civilisateur et pacificateur, ainsi qu’aux cinquante mille casques jaunes et G.I. Joe envoyés, dans un but non moins noble, par la métropole d’outre-mer Legocity. Pour beaucoup de ces jeunes hommes vaporisés, transpercés et vidés de leurs viscères, ce n’est plus maintenant qu’une métropole d’outre-tombe. C’est pourquoi, le président de ces contrées lointaines, Winston W. Ear, a été vu fouillant dans son vieux coffre à jouets dans l’espoir d’y trouver un substantiel supplément de chair à canon. Sans résultats, du reste. Son vice-président l’a aidé en dépoussiérant ses vieilles vitrines, et en y trouvant, dans un état plus ou moins déplorable, des Stormtroopers du temps héroïque des guerres contre les armées démoniaques et les dinosaures d’Idyllia. Leur envoi fut immédiat. Et leur retour, sous forme de bouillie infâme de plastique fondu aux pépites de chocolat, ne le fut pas moins. Notre bon reporter Jacquot a tout vu de leur débâcle, dont voici un petit aperçu à travers le témoignage d’un jeune 2ème classe de l’armée Lutin, Lucien de Saint-Verdun :
« Tout ce dont je me rappelle, c’est de ce hurlement perçant. J’étais tranquillement en train de peler des cartoufles pour mettre dans notre obusier de 420, quand « ils » ont remis ça. Ils se sont mis à faire tonner leur artillerie, et ce furent bientôt, non des centaines, mais des milliers de pamplemousses qui nous tombaient dessus par paquets. Tous mes camarades de tranchée étaient à terre, les yeux affreusement piqués. Dans le bunker, il me semble avoir entendu quelque chose comme une conversation étrange et étouffée par le fond sonore (« Aaah ! ça pique ! ça pique ! »):
« -Non, sergent : plus de nouvelles du capitaine Cthulhu… Des agrumes, maintenant ! Répliquons !! Où sont les pamplemousses ?
-Plus de pamplemousses !
-Rappelle-toi ton entraînement, soldat ! Si le lieutenant Slipovor était encore là, il te le rappellerait en te tapant dessus : quand y’a plus de pamplemousses, utilise ta cervelle et sors les citrons du hangar !
-Yes, sir ! »
Alors j’ai vu les as monter dans leurs bolides et décoller. Les dirigeables-citron du capitaine Cronusse, une fois au-dessus des lignes ennemies, causèrent des ravages démesurés avant de s’écraser parmi nos troupes en piquant yeux et plaies gangrénées, transpercés de centaines d’asperges tirées par les mitrailleuses ennemies. Au soir, nous dûmes encore subir les assauts dévastateurs de la Division Tarot et Belotte (DTB). Puis les soldats clones arrivèrent dans leurs grands vaisseaux argentés. Leur arrivée ne changea pas beaucoup le cours de la bataille. En fait, il ne le changea pas du tout. Les Playmobils, en face, avaient sorti les lance-flammes et s’en donnèrent à cœur joie. Les armures en plastique, les petites foulées de l’infanterie et les pentapodes ZF-55TT n’y purent rien : au petit matin, toute la lande empestait le fromage fondu et le plastique en décomposition. »
Plus d’informations la quinzaine prochaine.
Concours de pyrogravure : résultats du tiercé
La semaine dernière, le Comité pour l’Art et la Culture rendait un verdict sans équivoque : le très prisé concours de pyrogravure a été gagné par un mystérieux artiste tout de noir vêtu, actuellement exposé à la Fondation d’art Contemporain de Bobylonne. Il tait son nom et ne dit rien à personne, si bien que certaines rumeurs selon lesquelles il serait en réalité un « robot en plastique » circulent dans le milieu artistique de Bobylonne. Son œuvre, pièce maîtresse d’une série à nulle autre pareille, qu’il appelle « série d’animaux fantastiques », est actuellement visible à Staniposlav, au nord de Bobylonne. Le jury lui a décerné le premier prix (un aller simple pour la lune), pour « la composition, les couleurs, le sens très aigu de la mise en espace, une complète réactualisation de la modernité. Nhââh. » Derrière l’œuvre majeure « canard-tortue » du maître, viennent en second l’autoportrait de Gérard Lemercier, « particulièrement profond. On a rarement atteint une telle maîtrise technique ni une approche aussi vraie de l’âme Légote, à se demander si le mystérieux premier prix n’a pas acheté le jury ». Notre artiste local sera accueilli en héros et en gloire nationale. La troisième place a été décernée à un célèbre pyrograveur de Legocity, Sir Richard Owen. Sa fidèle évocation des créatures de l’Enfer a touché le jury, qui lui a décerné le prix « coups de cœur ».
Voici la reproduction de l'oeuvre de G. lemercier, parce qu'on a un contrat exclusif avec la bête.
hélas, oui, c'est moche.
Overdose de dialectique à Crapigrad :
dix-sept morts !
Dont notre bien-aimé Gustyronolave-le-grand
La rédaction se trouvant à Crapigrad, c’est rapidement que nous avons été au courant de ce tragique incident ; à la place de cet article devait se trouver un compte-rendu d’une soirée philosophique dans les appartements du Docker, qui réunissait notamment Gustyronolave, Mastopéradon ET Boctoguilande ainsi que Pastryfidonex, tous éminents écrivains Lerotmanikois de la classe des cestodes de l’université du relais d’Alberstein. Nous interrogeons le Docker.
Lego-soir : Bonsoir, monsieur le Docker… J’irai droit au but : que s’est-il passé hier soir dans vos si beaux appartements meublés en faux acajou brossé couvert de tapisseries pseudo-médiévales en velcro jaune pistache ?
Le Docker : A vrai dire, je ne sais trop comment cela a pu se passer… Nous parlions endives quand le jeune Boctriazinule a fait suggestion qu’un bon mocafix ou de la fosscao nous ferait du bien et nous remettrait les idées bien en place. J’allais de ce pas descendre chez mamie douceurs car je sais qu’elle aime ces breuvages, mais elle était absente, à Chicago parait-il… Je remontais et remarquais un étrange petit individu barbu vêtu de rouge, un large costume rouge avec des fourrures blanches… Il parlait de dialectique et ma brochette de philosophes semblait fort intéressée…
L-s : De dialectique ?
D : Chuuuut !... on pourrait nous entendre…
L-s : Et puis ?
D : Je pensai d’un coup qu’il y avait de la tisane au feutre à la supérette Supermarin derrière chez moi… C’était mieux que rien, mais moins quand même que la fosscao ou le mocafix. Je courais au magasin m’en approvisionnant de onze kilos pour la soirée…
L-s : Et puis ?
D : Tout le monde était visiblement mort, ils étaient d’un vert vomitif, le verre de leurs petites lunettes était brisé, ils étaient comme des maisons abandonnées… Tous étaient par terre, ça m’a fait un tel choc… Ma pauvre femme de ménage n’a toujours pas fini de nettoyer le parquet de ces taches de sang impur…
Ndlr : il n’y a eu ni poignards, ni membres arrachés. Gérard Lemercier a refusé de corriger.
L-s : Et le nain ?
D : Il avait disparu. Alors je courus chez la médecine, notre médecin, et la prévins du fâcheux incident, et elle vint pour récupérer les organes en bon état. Elle diagnostiqua, tout en découpant du cartilage, que les malheureux étaient décédés.
L-s : Oui, oui, mais de quoi ?
D : Une indigestion cérébrale, d’après elle, car dans les cerveaux étaient en compote, c’était apetissant et ça sentait bon.
L-s : Je peux donc dire sans crainte qu’ils sont morts d’une indigestion de cerveau ?
D : Mettez de dialectique, c’est plus percutant.
Mamie Douceurs à Chicago.
Ma rapide confrontation avec le pauvre Dick me convainquit d’une chose : il n’allait pas en rester là. L’ayant rayé du bottin depuis vingt-six heures trois-quarts, je guettais anxieusement, sous le couvert de mon oreiller, le retour de l’esprit frappeur – un grand allié de mon ancien ennemi ou mon ennemi lui-même ? Je ne sais. Vers huit heures du matin, un matin blafard et uniforme de ce février ’98, les premiers symptômes d’une activité paranormale récurrente se firent sentir : baisse furieuse de température, radio parasitée au milieu d’une valse de Vienne d’André Rieu du plus mauvais goût (ce qui en soi n’est pas une mauvaise chose), extraterrestres à tête de homard rampant au fond du jardin (dans la rangée des jacinthes), autant de signes avant-coureurs qui me poussèrent à sortir du lit pour aller scruter la rue déserte.
Des hommes en noir tout raides jaillirent soudain des rues adjacentes. Je reconnus du premier coup d’œil les sombres truands du gang Cicéron. Sans attendre des gestes qui, n’en doutons point, m’auraient réduite en pulpe (pour l’avoir déjà vécue, je dirais cette expérience des plus désagréables), j’envoyai une fusée éclairante en direction du quartier St Serge (Serge !) pour appeler à moi mes camarades du gang des Limaces.
Erich Ironisch, des Cicérons, m’asséna un oxymore du plus bel effet. J’en fus toute étourdie. Ayant saisi la technique tacitement imposée, je me mis, en guise de riposte, à déclamer mon passage préféré de l’Enéide – celui où Enée mange un bout de fromage en repensant à son rendez-vous avec Socrate, près de l’Ilisos. Ma réplique atteignit de plein fouet le chef du gang adverse, qui ne perçut pas plus l’effet de ces vers que ceux d’une bonasse et inoffensive rafale de mitraillette. Autant dire qu’il fut proprement pulvérisé. Erich en fut tout éclaboussé, et ses traits bienveillants se muèrent en une grimace de dégoût. Le combat n’était officiellement plus un duel et les coups de l’éloquence, de la rhétorique et des figures de style commencèrent à pleuvoir.
Dans un déluge de mots croisés, mes camarades des Limaces me rejoignirent et répondirent aussitôt à la menace grammairienne par quelques grenades verbales. Un certain nombre d’hommes en noir tombèrent, touchés à mort. Mais la riposte n’était pas loin.
Dans toute la rue on n’entendait plus que les noms d’oiseaux et les antithèses, et, au milieu de l’épouvante syntaxique, certains dirent avoir vu quelque chose comme un titanesque fauteuil flottant dans la troposphère. Mais ça n’est pas notre problème. Epanalepses, autocatégorèmes, synchorèses et autres temps surcomposés se remirent à nous tomber dessus par paquets. Nos effectifs en furent anéantis. Nombre étaient à terre, mous, incarnadins, transpercés de centaines d’aiguilles stylistiques. Devant le désastre, et ayant perdu mon second, emporté par un tir de bazooka cruciverbiste, j’envoyai une nouvelle fusée d’alarme, cette fois-ci en direction des Enfers (les Grecs, j’entends). Les derniers membres du gang des Limaces et moi-même tînmes assez longtemps pour voir le pavé entre nous se fissurer, s’entrouvrir, éclater, laissant échapper une odeur de soufre et mon vieil ami le cardinal de Richelieu. Après s’être élevé au-dessus de la masse indistincte de nos deux gangs, engagés dans une violente mêlée dialectique, il massacra les hommes du gang Cicéron en y balançant des académiciens, avant de disparaître dans une gerbe d’étincelles multicolores, d’antithèses et de chiasmes.
Tous les spectres des académiciens disparaissèrent. Et ma maison disparaissa aussi. Satisfaite de ma victoire, et non sans avoir chaudement remercié le cardinal, j’ordonnai à mes hommes de se disperser. Je retrouvai ma chère demeure cinquante mètre plus loin, cachée derrière une borne kilométrique, et me mis au lit sous trois couvertures après avoir avalé une bonne tisane aux anchois écrasés.
C’est ainsi, indépendamment de toute intervention de Dick, que je gagnai les premières guerres orthographiques.
Merci, Mamie Douceurs !






